Échappées belles
Depuis l’âge d’or de l’alpinisme au milieu du XIXe siècle, la haute montagne est à l’origine de tragédies au cours desquelles les acteurs échappent à la mort par miracle. Cet auteur connu pour la qualité de ses écrits toujours bien documentés relate quinze histoires invraisemblables qui finissent bien, dont plusieurs se déroulent dans les Alpes : celles d’Edward Whymper (1862) et Guido Lammer (1887) au Cervin, de Guy Labour (1934), Raymond Lambert (1938), Joël Coqueugniot (1973) et Jean-Marc Boivin (1982) dans le massif du Mont-Blanc, et de Patrick Berhault dans les Écrins (1978).
Par Charlie Buffet. Éditions Hoëbeke. 250 pages 19 €.
19 juin 2007 à 16.12
Ce livre est passionnant. On y retrouve les survies de quinze alpinistes depuis le XIXe siècle. L’auteur a recueilli les témoignages des alpinistes contemporains et on sent qu’ils en ont tous gardé une empreinte profonde.
8 août 2007 à 23.56
“Echappées belles”, le dernier livre de Charlie Buffet est décidément bien décevant ! L’auteur nous propose un copier-coller d’histoires tronquées sur les alpinistes qui ont vu la mort de près, histoires archi connues et déjà bien recuites (Joe Simpson et la mort suspendue, Walter Bonatti au K2, etc). Le seul problème, c’est que Charlie Buffet, pourtant journaliste, en a oublié de s’intéresser vraiment à ce qu’il écrivait, car c’est truffé d’erreur, de faux, et c’est en plus à côté de la plaque. Un seul exemple parmi tant d’autre, page 277, à propos de la tragédie de 1996 à l’Everest (histoire archi connue racontée notamment par Jon Krakauer) : Anatoli Boukreiev n’est pas un guide embauché par Rob Hall comme l’écrit Buffet, mais par son concurrent Scott Fischer. D’autre part, et c’est là le gros problème du bouquin et de son auteur qui est passé à côté, l’échappée belle de la tragédie de 1996 n’est pas l’histoire de Jon Krakauer comme semble le raconter l’auteur, mais celle du survivant Beck Weathers, dont l’aventure extraordinaire est totalement passée sous silence. Ne gaspillez pas votre argent.
4 septembre 2007 à 18.03
Comme toujours avant lecture, notre présentation initiale se voulait neutre, et mentionner que l’auteur est réputé pour la qualité de ses écrits passés ne saurait s’assimiler à une prise de position concernant sa dernière réalisation. C’est en outre difficilement discutable : on se reportera notamment sur son excellente biographie consacrée à l’alpiniste Claude Kogan, Première de cordée (Robert Laffont, 2003). Mais cette fois, cet auteur à propos duquel l’éditeur n’oublie pas de rappeler qu’il « couvre l’actualité de l’alpinisme au Monde », nous déçoit.
Il a choisi dans ce livre de nous conter une série d’histoires très connues et déjà relatées précédemment, concernant des drames en montagne qui se terminent bien. Comme l’écrit Marco Velo dans son commentaire, on peut douter de l’intérêt de nous resservir ces aventures déjà bien « recuites ». C’est effectivement valable pour les initiés qui ont lu les écrits existants. Un lecteur qui découvre cet univers peut, en revanche, voir l’entreprise d’un bon œil. Le phénomène est identique en musique : si on possède tous les disques originaux d’un artiste, on se passera d’un best of le concernant. Mais si on propose une telle anthologie, elle doit être irréprochable, que ce soit en termes de sélection comme de traitement du sujet, d’autant que les éléments sont facilement accessibles.
Sur le premier point, rien à dire : Charlie Buffet explique clairement qu’il a opté pour des échappées qui se terminent bien pour les protagonistes (d’où le titre du livre) et sa sélection est pertinente. Malheureusement, le traitement ne suit pas. Il est ponctué d’approximations et d’imprécisions, laissant penser que l’auteur a cédé à la précipitation. Il ne s’agit pas de fond mais davantage de forme, d’une succession d’erreurs dont la liste (non exhaustive) ci-dessous s’avère finalement trop longue pour un ouvrage de cette ambition.
- On trouve d’abord de surprenantes erreurs d’altitudes : 4 418 mètres pour le Cervin page 22 (au lieu de 4 477), 8 125 mètres pour le Dhaulagiri page 204 (au lieu de 8 172), 8 616 mètres pour le K2 page 263 (au lieu de 8 611), 3 730 mètres pour le Petit Dru (au lieu de 3 733) page 283.
- L’auteur se trompe également à plusieurs reprises sur les dates. Le livre À l’assaut des Alpes de Raymond Lambert a été publié en 1953 et non en 1952 (page 72). Patrick Berhault n’a pas effectué sa traversée des Alpes durant l’hiver 2000-2001 (page 128), l’entreprise s’étendant en réalité sur trois saisons, d’août 2000 à février 2001. Pierre Brizzi, son compagnon lors de sa chute dans les Écrins en 1978, n’a pu appeler Berhault début 2000 lors de cette même traversée (page 134) qui a commencé en août comme indiqué ci-dessus : c’est en fait début 2001. Hermann Buhl n’est pas mort en 1958, mais en 1957 (page 235). L’épopée de Reinhold Messner au Nanga Parbat date de 1970 et non de 1971 (page 269).
- À cela s’ajoutent des imprécisions qui témoignent d’une légèreté certaine quant à la relation des événements. Ainsi, Charlie Buffet écrit que Walter Bonatti au K2 en 1954 et Jean-Christophe Lafaille à l’Annapurna en 1992 avait tous deux le même âge, soit vingt-cinq ans (page 10). C’est faux : ils avaient alors vingt-quatre et vingt-sept ans, respectivement. Page 22, en évoquant la tentative en solitaire d’Edward Whymper au Cervin en 1862, l’auteur affirme que ce même Cervin ne restera plus très longtemps le dernier sommet inviolé de la chaîne alpine. Certes le plus élevé non gravi en 1862 (il tombera effectivement en 1865), le Cervin ne peut cependant être considéré comme le dernier sommet vaincu dans les Alpes. D’autres montagnes alpines d’importance résisteront plus longtemps, dont la Meije en 1877, le Dru en 1878, la dent du Géant en 1882… Et page suivante, toujours sur Whymper en 1862, il se contredit et entretient la confusion, écrivant cette fois que tous les sommets alpins seront gravis treize ans plus tard, soit en 1875… Enfin, page 253, il est inexact d’écrire que la première ascension de la face nord de l’Eiger en 1938 appartient aux seuls Allemands, cette réalisation étant l’œuvre de deux Allemands (Anderl Heckmair et Ludwig Vörg) et de deux Autrichiens (Heinrich Harrer et Fritz Kasparek).
Pour sa part, Marco Velo revient sur la tragédie des aiguilles du Diable en 1938 (pages 69 à 82) dans un message qu’il m’a adressé : il reproche à Buffet d’avoir occulté le rôle de l’un des compagnons d’infortune de Lambert, Marcel Gallay, ajoutant qu’en orthographiant « Gallaz » au lieu de « Gallay », il prouve qu’il ne connaît pas cette histoire. Certes, l’auteur aurait pu mentionner l’existence du livre de Gallay, La tragédie des aiguilles du Diable, paru en 1952, qui traite ce drame sous un autre angle, mais pour la faute d’orthographe, ne poussons pas. Ainsi, vous-même, Marco Velo, dans votre commentaire sur la tragédie de l’Everest en 1996 (page 277 dans le livre), vous commettez une faute du même genre en écrivant « Boukreiev » au lieu de « Boukreev ». Pourtant, vous connaissez bien cette histoire-là, car vous avez raison ! Contrairement à ce qu’affirme Buffet, le guide Anatoli Boukreev était bien engagé par Scott Fischer et non Rob Hall, même si, il convient de le préciser, les deux expéditions concurrentes collaboreront dans la tempête pour tenter de sauver des alpinistes en détresse…
L’ensemble s’achève sur une série de brefs résumés des échappées belles traitées dans l’ouvrage, auxquelles s’ajoutent quelques autres aventures ayant connu une fin plus tragique (comme celle de l’Everest évoquée ci-dessus). Et franchement, on ne voit guère l’intérêt de résumer les chapitres du livre tout en se contentant de seulement effleurer d’autres histoires. Dans le cadre d’un ouvrage qui s’appuie largement sur des écrits existants, il eut été plus judicieux d’établir une bibliographie complète et commentée sur ce thème. Au bilan, on a la sensation d’avoir en main une réalisation approximative, inachevée, presque un manuscrit avant correction. En la circonstance, auteur comme éditeur ont manqué de rigueur.
Daniel Léon
5 septembre 2007 à 12.47
Sans l’avoir lu (et puis je ne pense pas que je le lirai d’ailleurs), n’oublions pas que Charlie Buffet n’a rien inventé puisque Saint-Loup publia en 1949 “La montagne n’a pas voulu” dont la thématique est identique. Seule l’époque change.
http://pelic.free.fr/blog/index.php/2007/02/24/59-saint-loup-la-montagne-n-a-pas-voulu
26 février 2008 à 18.03
A fond Jon Krakauer les gens ! Allez voir le film Into the wild, un chef d’œuvre ! Si vous préférez lire, lisez donc le livre qui porte le même nom avec en plus l’annotation Voyage au bout de la solitude.